Le 24 septembre 2026, l'Observatoire des délais de paiement a remis son rapport annuel. Un chiffre en ressort : sans retards de paiement, les PME et les microentreprises auraient disposé de 13 milliards d'euros de trésorerie supplémentaire. Moins d'une grande entreprise sur deux respecte le délai légal de 60 jours, et les 10 % d'entreprises qui paient le plus tard ont encore allongé leurs délais.

Ces 13 milliards dorment dans le compte 411 de milliers de PME, sous forme de factures émises, livrées, parfois même acceptées, et pas encore payées. Reste à savoir combien vous attendez, de qui, et depuis quand.

L'outil qui répond à ces trois questions s'appelle la balance âgée. Ce guide explique à quoi elle sert, comment la construire à la main à partir de votre comptabilité, et où se cachent les deux pièges qui la rendent fausse sans que personne ne s'en aperçoive.

Qu'est-ce qu'une balance âgée ?

La balance âgée est un tableau qui reprend les factures non soldées d'une entreprise et les range par ancienneté. Côté clients, elle liste ce que chaque client doit encore, réparti entre les sommes non échues et les retards de 0 à 30 jours, 31 à 60 jours, 61 à 90 jours et plus de 90 jours. Côté fournisseurs, elle fait la même chose pour ce que l'entreprise doit. Ce n'est pas un document obligatoire : c'est un outil de gestion, tiré des comptes de tiers de la comptabilité (411 pour les clients, 401 pour les fournisseurs). Il sert à trois choses : voir la trésorerie qui doit rentrer, repérer les retards avant qu'ils deviennent des impayés, et décider qui relancer en premier. La différence avec une balance auxiliaire est l'ancienneté : la balance auxiliaire donne le solde de chaque client, la balance âgée dit en plus depuis combien de temps ce solde court.

Un exemple, à titre d'illustration, pour une PME qui arrête sa balance au 30 septembre :

ClientNon échu0 à 30 j31 à 60 j61 à 90 jPlus de 90 jTotal
Client A18 000 €6 000 €---24 000 €
Client B4 500 €-9 200 €--13 700 €
Client C---7 800 €12 400 €20 200 €
Client D2 100 €1 300 €---3 400 €
Total24 600 €7 300 €9 200 €7 800 €12 400 €61 300 €

Le total ne dit pas grand-chose. Les colonnes de droite disent tout : le client C concentre 20 200 € de retard de plus de deux mois, dont 12 400 € au-delà de 90 jours. C'est lui qu'on appelle cette semaine, avant le client B.

Pourquoi la balance âgée, et pas le seul solde client

Votre comptable vous donne un solde client : la somme de ce que tous vos clients vous doivent à la date d'arrêté. C'est utile, et ça ne suffit pas.

Deux entreprises peuvent afficher le même solde de 120 000 €. Chez la première, ce sont des factures du mois, qui tomberont dans les trente jours. Chez la seconde, 40 000 € ont plus de quatre-vingt-dix jours, et une partie ne rentrera jamais. Même chiffre, deux situations opposées.

La balance âgée découpe ce solde par ancienneté. Elle range chaque créance ouverte dans une tranche, en général :

TrancheCe que ça veut dire en pratique
Non échueLe client est encore dans les délais convenus
0 à 30 jours de retardUn oubli, une facture égarée, un circuit de validation lent
31 à 60 joursUne relance formelle s'impose
61 à 90 joursLe risque devient réel, l'appel téléphonique aussi
Plus de 90 joursContentieux possible, provision à envisager avec votre expert-comptable

Une créance vieillit mal. Plus elle traîne, moins elle a de chances de rentrer, et plus elle coûte en temps de relance. La balance âgée vous dit où mettre ce temps.

Elle complète un indicateur que vous connaissez peut-être, le délai moyen de paiement clients (le DSO). Le DSO rapporte vos créances à vos ventes quotidiennes : 52 jours de DSO, c'est en moyenne 52 jours de chiffre d'affaires immobilisés chez vos clients. Il donne la tendance. La balance âgée donne les noms. Notre article sur le DSO et le délai de paiement clients détaille le calcul.

Et la balance âgée fournisseurs ?

Elle se construit de la même façon, à partir des comptes 401. Elle sert dans l'autre sens : planifier les décaissements, repérer un fournisseur qu'on paie systématiquement en retard et qui pourrait durcir ses conditions, ou vérifier qu'une facture n'a pas été payée deux fois. Ce guide se concentre sur les clients, parce que c'est là que dorment les 13 milliards.

Comment la construire à la main, dans Excel ou un tableur

Comptez une heure la première fois, quinze minutes ensuite. Il vous faut un accès en lecture à votre logiciel comptable, ou l'export que votre expert-comptable peut vous fournir.

Étape 1 : extraire le grand livre clients

Dans votre logiciel comptable, exportez le grand livre des comptes clients (les comptes qui commencent par 411) jusqu'à votre date d'arrêté, avec pour chaque ligne : le compte du client, la date de l'écriture, la date d'échéance si elle existe, le libellé, le débit, le crédit et le code de lettrage.

Le code de lettrage est la colonne essentielle. Quand une facture est réglée, le comptable « lettre » ensemble la facture et le règlement en leur attribuant le même code. Une ligne sans code est une ligne encore ouverte.

Étape 2 : retirer ce qui est soldé

Ne gardez que les lignes non lettrées, plus les groupes lettrés qui ne s'équilibrent pas (un règlement partiel laisse un reste dû, qu'il faut garder).

Puis séparez deux familles qu'on mélange souvent :

  • les factures ouvertes, au débit, qui sont vos vraies créances ;
  • les règlements non affectés, au crédit : un client a payé, mais personne n'a encore rapproché son virement d'une facture. Ils ne réduisent pas une créance précise, ils signalent un rapprochement en retard.

Étape 3 : calculer l'ancienneté et ranger par tranche

Pour chaque facture ouverte, comptez les jours entre sa date d'échéance (ou, à défaut, sa date d'écriture plus vos conditions de paiement) et la date d'arrêté. Rangez-la dans sa tranche. Un tableau croisé dynamique, clients en lignes et tranches en colonnes, fait le reste.

Étape 4 : trier pour décider

Triez par montant dans la tranche la plus ancienne. Les cinq premières lignes sont votre liste de relances de la semaine. Regardez aussi le total par client : un client important dont la créance glisse d'une tranche chaque mois est un signal plus grave qu'une petite facture oubliée.

Les deux pièges qui faussent la balance

La plupart des tableaux faits maison ignorent cette partie.

Piège 1 : la date de lettrage n'est pas la date de paiement

Les logiciels comptables enregistrent souvent une date de lettrage. Il est tentant de s'en servir pour dire « cette facture a été payée tel jour ». C'est une erreur : la date de lettrage dit quand le comptable a lettré, pas quand le client a payé. Or beaucoup de cabinets lettrent en masse, parfois plusieurs mois après la clôture.

Conséquence : une balance âgée « à une date passée », fondée sur la date de lettrage, montre comme ouvertes des factures payées depuis longtemps. Nous l'avons mesuré sur un fichier réel : toutes les factures lettrées d'un exercice clos au 30 juin portaient une date de lettrage de décembre. Une balance au 30 septembre construite sur cette date les affichait toutes impayées.

La parade : pour savoir quand un groupe lettré a été soldé, prenez la date de la dernière écriture du groupe (en général le règlement), pas la date de lettrage.

Piège 2 : les factures de l'exercice précédent

Une facture émise en novembre et toujours impayée en février fait partie de votre balance. Si vous n'exportez que l'exercice en cours, elle n'y figure que si les « à-nouveaux » ont été passés, c'est-à-dire si l'exercice précédent a été clôturé et ses soldes reportés. Tant que la clôture n'est pas faite, ou si votre logiciel ne passe pas d'à-nouveaux détaillés, ces vieilles factures disparaissent de votre extraction. Et ce sont justement les plus risquées.

La parade : étendez l'export au début de l'exercice où vos soldes clients ont été reportés pour la dernière fois, ou à défaut à l'exercice précédent entier.

Ces deux pièges ont un point commun : ils ne produisent aucun message d'erreur. Le tableau a l'air juste. Il est faux.

L'outil : la même balance, sans l'export

Refaire cet exercice chaque lundi, c'est un quart d'heure par semaine dans le meilleur des cas, à multiplier par le nombre de dossiers pour un cabinet. C'est surtout un exercice qu'on finit par sauter quand le mois est chargé, au moment précis où il serait le plus utile.

Dans Drivn, le rapport Reste à encaisser fait ce travail sur vos écritures, à chaque actualisation, en interrogeant directement votre comptabilité : rien à exporter ni à recopier. Il présente le poste client client par client, l'ancienneté de chaque créance avec les plus importantes en tête, la part non encore lettrée, les règlements non affectés à part, et l'évolution du délai clients mois après mois.

Les deux pièges sont traités dans le calcul : un groupe lettré est daté à sa dernière écriture, jamais à sa date de lettrage, et la balance remonte au dernier report de soldes clients pour ne pas perdre les factures de l'exercice précédent. Une limite reste, et elle tient à la source : si le lettrage n'est pas à jour, une facture payée reste ouverte, dans Drivn comme dans n'importe quel tableau. La part non lettrée affichée sert précisément à voir ce retard.

L'antisèche : la balance âgée en une page

À garder à côté de l'export, le lundi matin.

ÉtapeCe que vous faitesLe piège à éviter
1. ExtraireGrand livre des comptes 411 jusqu'à la date d'arrêté, avec dates, échéances et codes de lettrageN'exporter que l'exercice en cours alors que le précédent n'est pas clôturé
2. Retirer le soldéGarder les lignes non lettrées et les groupes lettrés qui ne s'équilibrent pasDater un règlement à sa date de lettrage : prendre la dernière écriture du groupe
3. SéparerFactures ouvertes d'un côté, règlements non affectés de l'autreLaisser un virement non rapproché réduire une créance au hasard
4. ClasserJours de retard depuis l'échéance, rangés par trancheCompter depuis la date de facture quand les conditions de paiement sont longues
5. DéciderLes cinq plus gros montants de la tranche la plus ancienne : relances de la semaineNe regarder que le total, et rater le gros client qui glisse d'une tranche par mois

Les tranches : non échu, 0 à 30 jours de retard, 31 à 60, 61 à 90, plus de 90. Au-delà de 90 jours, parlez de provision avec votre expert-comptable.